Aujourd'hui j'ai vu un arbre lointain.
Aujourd'hui j'ai vu qu'autour de cet arbre lointain il n'y avait rien, pas même
un petit bout d'âme qui vive, excepté celle qui habitait mon petit personnage. Me rapprochant de plus en plus aujourd'hui j'ai vu un arbre vide.
" Hé ho ! " susurrais-je à l'entrée d'une cavité anciennement occupée par une grosse branche, " Hé Ho ! " recommençais-je après n'avoir obtenu d'autre réponse qu'un silence complet d'une douce brise chaude et sucrée, comme il y en avait parfois ces jours d'été lointains.
J'aurais pu me vexer qu'un tel grand fort, beau et majestueux spécimen végétal ne me réponde pas aussi promptement qu'il devrait s'appliquer à le faire. Mais non, je ne me voyais
pas gâcher une matinée si agréablement entamée. J'entrepris alors
de faire le tour complet de l'arbre afin de vérifier qu'il n'eusse pas de porte secrètement camouflée comme les lutins d'aujourd'hui savent si bien façonner. Rien, il n'y avait rien d'autre que
le trou par lequel j'eus crié quelques minutes auparavant : cet arbre était bel et bien abandonné, ou du moins non-habité car je puis concevoir qu'il n'eut jamais abrité qui que ce soit plus d'une nuit.
La journée allait bon train, j'observais une dernière fois l'arbre solitaire avant de retourner à mon chemin (qui devait initialement me conduire quelque part plus en bas dans la
vallée) quand un léger bruissement provenant de l'intérieur du tronc même atteignit mes délicates oreilles, perçant les épaisses boucles de mes cheveux.
Ile me restait encore quelques secondes superflues à dépenser avant midi. Je fis donc immédiatement demi-tour, tournant les talons à d'autres aventures, j'engloutissais à nouveau
le peu de distance me séparant du géant vert. Enfonçant carrément ma tête dans l'unique pré-citée fenêtre de l'arbre, je me mis à scruter attentivement chacun de ses recoins, chacune de ses
alcôve,s éternuant de temps à autre à cause des poussières et des copeaux de bois naturellement produits par le temps. Alors qu'encore une fois j'allais retirer toute mon attention de cet étrange
carcasse de bois, j'aperçus -non sans difficulté- flamboyant dans le fond du fond de l'arbre, une douce lueur argentée. Je plissais les yeux, essayant d'adapter ma vue au manque de lumière propre
au fond du fond d'un arbre. Le reflet vacillait irrégulièrement, se déplaçant même de quelques centimètres sur ma droite, obligeant mes yeux à forcer sur mes nerfs optiques.
"Bonjour. " dit le reflet. " Bonjour !" lui répondis-je par politesse. Le son de sa voix m'aida à le distinguer ; bientôt je le vis clairement, il me voyait tout aussi clairement.
Ce fut notre premier contact et, accessoirement, ce fut aussi la première fois que je mourais.
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